La marijuana et votre santé – Les faits tels qu’ils sont

Cet article est composé de trois décennies d’études scientifiques sur les effets nuisibles et potentiellement favorables de la marijuana sur la santé humaine.

LES FAITS TELS QU’ILS SONT : la marijuana et votre santé

Dans notre pays, la marijuana fait l’objet de vifs débats. Peu importe notre opinion sur les politiques relatives à cette drogue, il est primordial de bien connaître les faits scientifiques.

La marijuana est l’une des drogues les moins bien comprises de notre temps. Il peut être difficile de voir clair à travers toutes les grandes déclarations, mais existe maintenant une pléthore d’études scientifiques à partir desquelles nous pouvons tirer des conclusions claires au sujet de la consommation de cette drogue et de ses répercussions sur la santé publique.

La marijuana et le cerveau

La consommation de marijuana a des effets directs sur le cerveau, particulièrement sur ses régions chargées de la mémoire, de l’apprentissage, de l’attention et du temps de réaction. Ses effets peuvent durer un maximum de 28 jours, même si on cesse de consommer1.

Les recherches confirment que le développement du cerveau de l’adolescent, particulièrement de ses régions chargées de réguler les fonctions cognitives complexes comme le comportement, l’expression de la personnalité, la prise de décisions et le comportement social, ne se termine pas avant la première moitié de la vingtaine. Les cerveaux en développement sont particulièrement sensibles aux effets nuisibles de la consommation de marijuana et d’autres drogues2.

Qu’est-ce qui rend la marijuana dangereuse? Trois lettres : T-H-C

La marijuana contient environ 500 substances dont la plupart nous sont presque inconnues. La principale substance est le THC. Des scientifiques ont constaté que c’est le THC qui produit l’effet d’euphorie chez le consommateur. Les producteurs de la marijuana de rue, qui est la plus fumée de nos jours, font plus que quadrupler sa teneur en THC3 et en réduisent le taux naturel d’autres substances qui, il s’avère, atténuent l’état d’euphorie. Une forte teneur en THC peut amplifier tous les effets nuisibles habituels de la

1Hall W & Degenhard L (2009). Adverse health effects of non-medical cannabis use. Lancet, 374:1383-1391.
2Giedd. J. N. (2004). Structural magnetic resonance imaging of the adolescent brain. Annals of the New York Academy of Sciences, 1021, 77-85. Et voir :
3Voir, par exemple :
http://news.olemiss.edu/index.php?option=com_content&view=article&id=4545%3Acannabispotency051409&Itemid=10

drogue4, 5. Par exemple, aux États-Unis, depuis 1990, le nombre de personnes s’étant rendues à l’urgence après avoir consommé de la marijuana augmente même si le nombre de consommateurs de marijuana est demeuré relativement stable6,7.

On peut résumer les principaux risques de la marijuana pour la santé ainsi :

Cœur : La marijuana peut faire plus que quadrupler les risques de crise cardiaque dans l’heure suivant sa consommation. Elle provoque également des douleurs thoraciques chez les personnes atteintes de maladies cardiaques8.

Poumons : Des recherches ont prouvé la présence de substances cancérigènes dans la fumée de marijuana. Cette fumée irrite les poumons, ce qui augmente la fréquence des bronchites, de la toux et de la production de mucosité9. La fumée de marijuana contient de 50 à 70 % plus d’hydrocarbures cancérigènes que la fumée du tabac, comme le souligne l’American Lung Association10. Les scientifiques n’ont toutefois pas constaté de lien concret entre la marijuana et le cancer du poumon.

Santé mentale : Il a été démontré que la consommation de marijuana présente des liens significatifs avec la maladie mentale, particulièrement la schizophrénie et la psychose, mais également la dépression et l’anxiété11.

Grossesse : Il s’avère que la consommation de marijuana au cours de la grossesse fait diminuer le poids du nouveau-né, probablement en raison des effets du monoxyde de carbone sur le fœtus12.

4Hall W & Degenhard L (2009). Adverse health effects of non-medical cannabis use. Lancet, 374:1383-1391.
5NIDA, Research Report Series: Cannabis Abuse, 2010
6Substance Abuse and Mental Health Services Administration, Center for Behavioral Health Statistics and Quality. (2011). Drug Abuse Warning Network, 2008: National Estimates of Drug-Related Emergency Department Visits. HHS Publication No. SMA 11-4618. Rockville, Maryland.
7Voir, par exemple : Compton, W., Grant, B., Colliver, J., Glantz; M., Stinson, F. (2004). Prevalence of Cannabis Use Disorders in the United States: 1991-1992 and 2001-2002. Journal of the American Medical Association. 291:2114-2121.
Et : Sabet, K. (2006). The (often unheard) case against cannabis leniency. In Pot Politics (Dir. : M. Earleywine).Oxford University Press, pp. 325-355.
8Hall W & Degenhard L (2009). Adverse health effects of non-medical cannabis use. Lancet, 374:1383-1391.
9Tetrault, J.M., et coll. Effects of cannabis smoking on pulmonary function and respiratory complications: a systematic review. Arch Intern Med 167, 221-228 (2007).
10Hoffman, D.; Brunnemann, K.D.; Gori, G.B.; et Wynder, E.E.L. On the carcinogenicity of marijuana smoke. In: V.C. Runeckles, dir., Recent Advances in Phytochemistry. New York: Plenum, 1975.
11Voir, par exemple : Moore TH, Zammit S, Lingford-Hughes A, et coll. Cannabis use and risk of psychotic or affective mental health outcomes: A systematic review. Lancet 370(9584):319–328, 2007. Également : Large, M., Sharma S, Compton M., Slade, T. & O., N. (2011). Cannabis use and earlier onset of psychosis: a systematic meta-analysis. Archives of General Psychiatry. 68. Voir également : Arseneault L, et coll. (2002). Cannabis use in adolescence and risk for adult psychosis: longitudinal prospective study. British Medical Journal. 325, 1212-1213.
12Hall W & Degenhard L (2009). Adverse health effects of non-medical cannabis use. Lancet, 374:1383-1391.

La marijuana et la dépendance

On entend souvent que « la marijuana ne crée pas de dépendance », alors qu’en fait, des études scientifiques ont démontré qu’un consommateur de marijuana sur 10 en acquiert une. Chez ceux qui ont commencé à consommer à l’adolescence, cette proportion passe à 1 sur 613. Ceux qui tentent d’arrêter de consommer éprouvent des symptômes de sevrage comme l’irritabilité, l’anxiété, l’insomnie, des troubles de l’appétit et la dépression4, 5. En outre, des données compilées par le National Institute on Drug Abuse révèlent que de 1993 à 2009, la proportion d’admissions en désintoxication pour un problème de marijuana est passée de 8 % à 18 %14. De 1992 à 2006, la proportion des jeunes de moins de 18 ans admis en désintoxication pour un problème de marijuana a bondi de 188 %, tandis que les proportions d’admissions liées à d’autres drogues sont demeurées stables15.

Les données américaines sont corroborées par les données d’autres pays. Dans l’Union européenne, le pourcentage d’admissions en désintoxication pour lesquelles la marijuana était citée comme principale raison a grimpé de 200 % de 1999 à 2006 et se situe actuellement à environ 30 % de toutes les admissions16. C’est aux Pays-Bas qu’on observe le plus fort taux de dépendance à la marijuana en Europe17.

La marijuana et la conduite automobile

Aucune de la dernière décennie, des chercheurs de partout dans le monde ont documenté les effets nuisibles de la marijuana sur la conduite automobile18,19,20,21,22,23. Puisque cette drogue affaiblit les régions du cerveau qui servent à la conduite automobile et réduit la coordination motrice et le temps de réaction, un article largement cité publié dans le British Medical Journal

13Wagner, F.A. & Anthony, J.C. From first drug use to drug dependence; developmental periods of risk for dependence upon cannabis, cocaine, and alcohol. Neuropsychopharmacology 26, 479-488 (2002).
14Substance Abuse and Mental Health Services Administration. (2009). Office of Applied Studies. Treatment Episode Data Set (TEDS): 2009 Discharges from Substance Abuse Treatment Services, DASIS.
15Substance Abuse and Mental Health Services Administration. (2009). Office of Applied Studies. Treatment Episode Data Set (TEDS): 2009 Discharges from Substance Abuse Treatment Services, DASIS.
Voir également : Non-medical cannabis: Rite of passage or Russian roulette? (2011).Center on Addiction and Substance Abuse, Columbia University.
16Room, R., Fischer, B., Hall, W., Lenton, S. et Reuter, P. (2010). Cannabis Policy: Moving Beyond Stalemate, Oxford, UK: Oxford University Press.
17MacCoun, R. J. (2011), What can we learn from the Dutch cannabis coffee shop system?. Addiction, 106: 1899-1910.
18Drummer, O.H., Gerostamoulos, J., Batziris, H., Chu, M., Caplehorn, J.R., Robertson, M.D., Swann, P. (2003). The incidence of drugs in drivers killed in Australian road traffic crashes. Forensic Science International, 134(2-3), 154-162.
19European Monitoring Centre for Drugs and Drug Addiction. (2003) Drugs and driving: ELDD comparative study. Lisbon, Portugal: Author. Consulté le 29 mars 2011. http://www.emcdda.europa.eu/attachements.cfm/att_5738_EN_Quantities.pdf
20Mørland J. (2000) Driving under the influence of non-alcoholic drugs, Forensic Science Review, 12, 80-105.
21ROSITA Roadside Testing Assessment: www.rosita.org
22DRUID: www.druid-project.eu
23Verstraete, A.G. & Raes, E. (Dir.). (2006). Rosita-2 Project Final Report. Ghent Belgium: Ghent University.

en 2012 a conclu que la consommation de marijuana double les risques d’accident automobile24. Une autre méta-analyse de neuf études a constaté que « la consommation [de marijuana] chez les conducteurs de véhicules motorisés est liée à un risque considérablement accru d’accident25. »

La consommation de marijuana et le rendement à l’école et au travail

L’une des études sur la marijuana et l’intelligence les mieux conçues, publiée en 2012, a conclu que la consommation de cette drogue peut entraîner une diminution de 8 points du quotient intellectuel, une fois l’âge de 38 ans atteint, chez les personnes qui commencent à consommer de la marijuana régulièrement avant l’âge de 18 ans, mais qui arrêtent entre-temps26. D’autres études ont constaté que la consommation de marijuana est liée au décrochage scolaire, au chômage qui en résulte, à la dépendance à l’égard de l’aide sociale et à une moins bonne perception de la qualité de vie, comparativement aux personnes qui n’en consomment pas27.

Selon l’étude nationale sur la consommation de drogues et la santé américaine (National Survey on Drug Use and Health), les jeunes dont les résultats scolaires étaient mauvais avaient été quatre fois plus enclins à consommer de la marijuana au cours de l’année précédente que les jeunes dont les résultats scolaires étaient bons. Cette tendance correspond aux résultats d’une grande méta-analyse portant sur quatre dizaines d’études de Macleod et de ses collègues publiée par Lancet. Selon cette méta-analyse, la consommation de marijuana est directement liée à une diminution des notes à l’école et à une diminution des chances d’obtenir un diplôme28. Après avoir questionné près de 6 000 étudiants de 13 à 23 ans, Ellickson et ses collègues de la RAND Corporation ont constaté, lorsqu’ils les ont questionnés de nouveau à l’âge de 29 ans, que les adolescents qui fumaient du cannabis à une fréquence allant d’une fois par semaine à une fois par mois, qui diminuaient leur consommation avant l’âge de 18 ans et qui fumaient de trois à dix fois par année à l’âge adulte accusaient un retard sur tous les autres groupes de sujets au chapitre du revenu et du niveau d’éducation29.

24M. Asbridge, J. A. Hayden, J. L. Cartwright. Acute cannabis consumption and motor vehicle collision risk: systematic review of observational studies and meta-analysis. BMJ, 2012; 344 (feb09 2): e536 DOI:10.1136/bmj.e536
25Li, M., Brady, J., DiMaggio, C., Lusardi, R., Tzong, K. et Li, G. (à l’impression). Cannabis use and motor vehicle crashes. Epidemiologic Reviews.
26Meier et coll. (2012). Persistent cannabis users show neuropsychological decline from childhood to midlife. Proceedings of the National Academy of Sciences.
27Fergusson, D. M. et Boden, J. M. (2008), Cannabis use and later life outcomes. Addiction, 103: 969–976.
28Macleod, J.; Oakes, R.; Copello, A.; Crome, I.; Egger, M.; Hickman, M.; Oppenkowski, T.; Stokes-Lampard, H.; et Davey Smith, G. Psychological and social sequelae of cannabis and other illicit drug use by young people: A systematic review of longitudinal, general population studies. Lancet 363(9421):1579-1588, 2004.
29Ellickson, P.L.; Martino, S.C.; et Collins, R.L. Cannabis use from adolescence to young adulthood: Multiple developmental trajectories and their associated outcomes. Health Psychology 23(3):299-307, 2004.

En outre, des études ont établi des liens entre la consommation de marijuana chez les employés d’entreprise et « l’augmentation des absences, des retards, des accidents, des demandes d’indemnisation d’accident du travail et du roulement des travailleurs30. »

Résumé

Bref, les scientifiques étudient toujours les effets de la marijuana, mais nous pouvons affirmer sans nous tromper que la consommation de marijuana est directement liée aux problèmes suivants :

  • Dépendance
  • Complications cardiaques et pulmonaires (les avis sont toutefois partagés sur les liens avec le cancer du poumon)
  • Maladie mentale
  • Accidents automobiles
  • Diminution du quotient intellectuel et des résultats scolaires
  • Mauvaise qualité de vie
  • Mauvais rendement au travail

La science a permis d’en apprendre davantage sur la marijuana au cours des 20 dernières années qu’au cours des 200 précédentes. Paradoxalement, on peut observer une corrélation négative entre les connaissances scientifiques acquises et la compréhension publique de cette drogue. Les gens s’appuient souvent sur leurs propres expériences de consommation de marijuana plutôt que sur les données scientifiques au sujet de cette drogue. Il est important de savoir que la documentation scientifique sur cette drogue largement incomprise se multiplie.

30National Institute on Drug Abuse (NIDA). (2011). Research Report Series: Cannabis Abuse. Consulté en novembre 2011. http://www.drugabuse.gov/ResearchReports/Cannabis/cannabis4.html