Vers la mort – Survivre aux analgésiques

Un adolescent qui vivait avec la douleur chronique depuis des années, surmonte sa dépendance des analgésiques et retrouve son chemin vers une vie normale.

Mon nom est Suzanne

Je suis née et j’ai grandi à Toronto. À ma naissance, je pesais 3 lb et 4 oz. J’avais une condition médicale critique. Ma mère voulait m’appeler Michelle, mais les infirmières n’arrêtaient pas de chanter la chanson « Wake Up Little Suzie », qui veut dire « réveille-toi, petite Suzie », alors je m’appelle Suzanne Michelle. Quand j’avais environ 15 ans, j’ai commencé à recevoir des ordonnances de Tylenol #3 contre la douleur. Rapidement, cela n’a plus suffi et j’ai commencé à prendre du Tylenol #4 et du Percocet.

À mesure que je vieillissais, les choses empiraient. J’ai été victime de deux accidents de voiture et j’ai reçu le diagnostic de nombreuses maladies chroniques, comme une hernie discale lombaire, de l’arthrose, des rhumatismes, une scoliose légère, de la fibromyalgie, et la maladie de Raynaud (mon ex-mari me répétait que si j’avais été un cheval, il m’aurait abattue!).

Après de nombreuses années passées dans la douleur chronique et à recevoir différents diagnostics, on m’a prescrit des timbres de Fentynol et de l’Oxycontin. Le timbre de Fentynol, c’est aussi puissant qu’une drogue injectable, mais sans aiguille.

Quand j’y repense, je me souviens à quel point cela me faisait du bien au début. Aucune douleur!

Les médicaments me donnaient même une douce et apaisante sensation, comme celle d’un « câlin ». J’étais bien. J’en voulais plus.

C’est devenu non seulement un médicament contre la douleur, mais cela faisait partie de moi.

Je ne me doutais pas encore que je me dirigeais tout droit vers la mort.

Les médicaments ont eu leur effet pendant un certain temps, mais rapidement j’ai recommencé à me sentir comme je me sentais avant de prendre quelconque médicament.

Si j’essayais de diminuer les doses, ou même d’arrêter, j’étais malade. Physiquement malade. C’était comme avoir la pire grippe que vous puissiez imaginer. Et la douleur était pire qu’avant.

Être malade physiquement, c’était bien le moindre de mes soucis. Même si je me sentais bien au début, les médicaments ont peu à peu commencé à me jouer des tours. Ils me disaient que j’avais besoin d’eux. Que sans eux, je n’étais rien. J’ai souffert le martyre quand j’ai essayé d’arrêter de les prendre. Ils m’envahissaient, tout le temps.

Lorsque je me suis rétablie, j’ai compris l’effet que les médicaments avaient sur moi. Ils m’avaient dérobé mon sourire, mes rires, mon estime de moi, mon courage de vivre. À cause d’eux, je ne vivais plus ma vie. Je ne savais pas ce qui était bien, ni mauvais.

Les médicaments m’ont volé ma capacité de ressentir l’empathie et la compassion, même envers moi-même. Ils m’ont volé ma dignité, ma spontanéité. Pire, ils sont venus à moi comme un voleur dans la nuit, et m’ont volé mon âme.

35 ans d’enfer, j’en avais assez. Je sentais la vie s’éteindre en moi, en mon corps, mon esprit et mon âme.

Pendant des années, ma famille a essayé de me sevrer des opiacés. Chaque fois, c’était beaucoup trop souffrant. Mon père a écrit une lettre de menaces à mon médecin. Ma mère n’avait pas la force de me parler, tellement elle souffrait de me voir à ce point malade. Ils m’aimaient tellement, ils ne pouvaient pas le supporter. Ils ont commencé à couper les ponts entre nous.

C’est là que je me suis vraiment regardée en plein visage. Je ne savais pas si je pouvais vivre sans médicaments. Mais je savais qu’avec eux, je ne vivrais plus longtemps. Est-ce que je pourrais supporter toute cette douleur?

J’ai appelé la ligne d’écoute téléphonique la plus près de chez moi et je leur ai dit que je voulais m’endormir et ne plus jamais me réveiller. En moins de 30 minutes, deux personnes étaient venues pour me rencontrer. J’ai fait le choix de communiquer avec Narcotiques Anonymes,  avec qui je suis régulièrement en contact encore aujourd’hui.

Lorsque j’ai décidé de me rendre au CAMH et de recevoir un traitement, on m’a demandé si je souhaitais un « travailleur du bien-être ». J’acceptais toute l’aide qu’on avait à m’offrir, et ça a été une des meilleures décisions que j’ai prises dans ma vie.

Ce travailleur faisait partie de Catholic Family Services. Les conseillers m’ont aidée à me sauver la vie. Ils m’ont aidée, et ce n’est pas peu dire, à AVOIR une vie. Ils croyaient en moi et en mes chances de m’en sortir. Ils m’ont aidée à retrouver mon estime de moi en soulignant mes moindres réussites. Ils m’ont parlé des autres programmes offerts à CFS, comme les programmes de bien-être pour femmes, les groupes pour le soutien des personnes victimes de traumatismes, et le programme « Connections » pour les hommes et les femmes, tous offerts par l’entremise du CFS Peel-Dufferin. Ces programmes ont joué un rôle très important dans ma guérison.

Merci.

- Suzanne est abstinente de médicaments et d’analgésiques depuis plusieurs années. Elle est maintenant bénévole pour les programmes de Catholic Family Services (Peel-Dufferin à Toronto) et Sharelife

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