L’histoire de Lindsay : Consommer des drogues, l’histoire dont vous n’êtes pas le héros

Les drogues, un jeu dangereux au sombre destin. Vous pensez être en contrôle, mais vous ne l’êtes pas.

Je suis Lindsay et j’ai une dépendance.

Je consommais de la drogue à l’occasion, car la drogue me donnait un sentiment de bien-être et de contrôle. J’aimais ça. J’avais le pouvoir.

Les drogues font de vous leur marionnette. Vous pensez que c’est vous qui dirigez, mais les drogues vous réservent d’autres plans. Elles l’emportent sur vous à tout coup.

Ce n’est pas un jeu qui se joue à deux. Ça commence bien lentement, vous n’en prenez qu’une fois par mois… et vous êtes toujours en contrôle. Ça dure quelques mois, puis soudainement quelque chose change dans votre attitude. Vous devenez sûr de vous et vous dites « mais qu’est-ce qu’une fois de plus pourrait bien me faire? ».

Tout a commencé il y a environ 6 ans. Je prenais des drogues pour m’amuser, à l’occasion. Tout était sous contrôle. J’emménageais dans un magnifique appartement de deux chambres situé dans un sous-sol, avec vue sur l’eau. Tout était parfait. J’ai pris de la cocaïne le premier soir que j’y suis restée.

Lentement, la situation s’est détériorée au point que je ne travaillais plus. Je ne faisais que consommer de la drogue. Je vivais de mes REER. J’ai dépensé plus de 45 000 $ de mon fonds de retraite en à peine quelques mois. Avant même de m’en rendre compte, je cherchais des moyens de gagner de l’argent. J’ai couché avec des revendeurs de drogue. Vous savez ce que ça fait, coucher avec revendeurs de drogue? Ça affecte votre sens moral, vos valeurs, et vos inhibitions. J’avais touché le fond. Du moins, c’est ce que je pensais.

J’ai finalement décidé de commencer à vendre de la drogue. Je l’ai fait pendant environ un an. Mis à part les menaces au couteau et au revolver, la vie était belle. Rendue là, je fumais du crack. Je pensais que le fumer et le vendre était le meilleur des mondes! J’étais vraiment à côté de la plaque.

Ma dépendance prenait de plus en plus d’ampleur. Ma vie était hors de contrôle, j’étais prise dans une spirale infernale. J’étais fatiguée, je voulais sortir de là, et je ne savais pas comment le faire. Je me sentais seule et j’avais peur. Je suis donc allée en désintoxication. Ça m’a sauvé la vie.

J’y suis restée pendant deux mois, puis j’ai reçu une formation pour y travailler et j’y ai trouvé un emploi. La vie était de nouveau magnifique, du moins c’est ce que je pensais.

Quelques mois plus tard, j’ai perdu mon emploi au centre de désintoxication et je suis retournée à la maison. Sur le chemin du retour, j’ai récidivé et mes 8 mois de désintoxication ont été réduits à néant.

Je ne voyais pas de raison de rester sobre, après tout, j’avais perdu mon emploi et ma chambre au centre de désintoxication. Pourquoi le devrais-je?

La vie a continué d’avancer à pas de tortue. Je passais du temps chez moi avec mon amie et on consommait de la drogue ensemble. Je pensais que je n’atteindrais plus jamais le fond. Après tout, j’étais allée en désintoxication, je savais comment gérer la situation. Mauvaise réponse!

Lorsque ma copine et moi avons rompu, j’ai été complètement dévastée pendant un moment. Mais je ne voulais pas me laisser abattre. J’ai commencé à travailler pour mon père et tout allait bien. Je réussissais même à économiser de l’argent! Mes priorités avaient changé et les drogues prenaient une moins grande place.

J’étais sobre depuis 30 jours et je pensais avoir repris le contrôle de ma vie.

Pour célébrer l’occasion, je suis sortie et j’ai fait la fête toute la nuit. Je me sentais en plein contrôle, j’aurais pu conquérir le monde. Je ne sais pas pourquoi j’ai fumé du crack ce soir-là… était-ce la pression des gens, le fait que j’étais faible après seulement 30 jours de sobriété, ou encore pour sentir l’effet d’expirer de la fumée. Peu importe. Je l’ai fait.

Le lendemain matin, je me sentais bien normale. Je me suis servi un verre de jus et j’ai dormi tout le reste de la journée.

Vers 14 h, je me suis levée pour aller à la salle de bain. Je me suis écroulée sur le sol. Je pensais que ma jambe était toujours endormie, en quelque sorte. J’ai laissé tomber et me suis recouchée.

Quelques heures plus tard, il fallait vraiment que j’aille à la salle de bain. Je me suis levée, et je me suis de nouveau écroulée sur le sol. Cette fois, je n’étais pas capable de me relever. Je savais qu’il y avait quelque chose d’anormal. Je n’ai même pas eu le temps d’appeler mes parents qu’ils étaient déjà là. Ils m’avaient entendue m’écrouler, et me demandaient ce qui n’allait pas. J’étais allongée sur le sol. La seule chose que j’étais capable de leur dire, c’était « crack ».

Ils ont appelé l’ambulance. Après que les ambulanciers m’ont vue, j’ai été placée sur une civière, couverte et amenée à l’ambulance.

J’avais été victime d’un accident vasculaire cérébral, causé par la drogue. J’ai été emmenée à l’hôpital, où j’ai dû rester pendant 15 jours. Tout était embrouillé.

Là-bas, j’ai dû être désintoxiquée. J’ai retrouvé une partie de la faculté de la parole. Je me déplaçais encore en fauteuil roulant, je ne pouvais pas marcher ou utiliser mon bras. Et j’avais perdu la moitié de la vue de mon œil droit.

Ma mère, mon père et mes frères sont venus me tenir compagnie tous les jours et se sont relayés pour être présents tout au long chaque journée. Ils m’ont offert beaucoup de soutien et m’en offrent encore beaucoup. Après mon séjour à l’hôpital, dû aller dans un centre de réadaptation.

J’y ai appris comment aller à la salle de bain et m’habiller par moi-même. Je me sentais complètement dépassée. J’avais des séances d’orthophonie tous les deux jours, et de physiothérapie cinq fois par semaine. Je devais réapprendre à parler. C’était la première étape d’une longue série à traverser.

Pendant tout ce temps, tous les gens avec qui j’avais fait la fête ne sont même pas venus sur Facebook pour prendre de mes nouvelles. Ils n’ont pas essayé de communiquer avec moi, alors que nous nous parlions la veille de mon AVC. Je pense que ça m’a fait comprendre qui étaient mes vrais amis.

J’avais une marraine pendant que j’étais au centre de réadaptation. Elle est devenue mon amie, elle s’appelait Elsje. Elle venait me voir une fois par semaine. J’avais toujours hâte de la voir. On allait prendre un café ou bien on s’assoyait simplement dans ma chambre pour jaser. Nous sommes même allées dans une rencontre ensemble, où j’ai dû raconter mon histoire. Elle était la meilleure amie que l’on puisse avoir. Elle est décédée d’une crise cardiaque quelques mois après que je suis rentrée à la maison.

Trois mois et demi après mon AVC, j’étais enfin capable de faire quelques pas. Les médecins me disaient que j’allais pouvoir marcher de nouveau! J’étais aux anges. J’avais fait beaucoup de progrès.

J’ai pris mon temps. Je marchais de ma chambre jusqu’à la salle à manger, soit environ 5 mètres. Une petite victoire, mais la bataille serait longue. Rapidement, j’ai fait des progrès et j’ai été capable de marcher dans la pièce en compagnie d’une infirmière. À ce moment précis, je me sentais capable d’accomplir de grandes choses.

Puis est venu le temps de rentrer à la maison. J’ai rassemblé mes effets personnels et j’étais prête à entamer un nouveau chapitre de ma vie. Je me souviens, j’étais là, avec mes sacs, à attendre mon père. À rentrer à la maison, enfin!

J’étais fière de moi et de tout ce que j’avais accompli.

Ma famille et mes amis sincères m’ont sauvé la vie. Jamais je ne pourrai leur témoigner toute la gratitude que j’éprouve envers eux. Ils sont mon univers tout entier, je veux les remercier du fond de mon cœur.

Mon AVC m’a prouvé que de consommer des drogues et avoir le contrôle, c’est impossible.

Je me suis finalement rendue compte que je n’avais jamais eu le contrôle, que j’étais complètement à la merci des drogues. Et penser que je pouvais en consommer une toute dernière fois était idiot et aurait pu me coûter la vie.

J’ai appris par la méthode dure. Les drogues causent des AVC et, dans la plupart des cas, la mort. Mais vous n’êtes pas obligés d’emprunter la même route que moi.

Vous avez l’embarras du choix : AVC, crise cardiaque, ou mort. Si vous consommez des drogues, votre chemin vous mènera droit à la mort. Peu importe celui que vous empruntez.

Quand on a une dépendance, nos jours sont comptés.

Je suis sobre depuis longtemps maintenant, mais croyez-moi, c’est un perpétuel combat. J’ai été tentée si souvent… mais chaque fois, je repense à mon AVC. Quinze jours à l’hôpital et quatre mois de désintoxication m’ont appris une chose : de ne pas tenir ma vie pour acquise.

Il y a de l’espoir. Vous avez une deuxième chance, une deuxième chance de vivre. Saisissez cette occasion et accrochez-vous. Après tout, le choix vous appartient…

L’AVC de Lindsay a été causé par la dose de crack qu’elle a consommée cette soirée-là. Elle n’avait que 30 ans. Deux ans et demi plus tard, elle ne s’en est pas encore complètement remise. Elle vit toujours avec seulement la moitié de la vue à l’œil droit, en plus de ne pas avoir le plein contrôle et la pleine amplitude de mouvement de son bras droit. Elle est toujours sans emploi depuis son AVC. Lindsay est disponible pour communiquer avec les familles et les jeunes défavorisés pour leur parler des effets de la consommation de drogues.

Pour obtenir de plus amples renseignements, communiquez avec JSD Canada à info@jeunessesansdroguecanada.org et nous enverrons vos demandes à Lindsay.